Tendance n° 3 - L'IA

Milan Design Week 2025

Une célèbre marque de sauce asiatique a inondé Milan de publicités portant un message simple :

« Fabriqué sans IA* »

Il faut reconnaître que c'était astucieux : l'astérisque révélait que « IA » signifiait « ingrédients artificiels ». Mais ces publicités ont attiré l'attention sur un débat omniprésent.

Quel sera le rôle de l'IA demain dans le design d'intérieur et l'architecture ? Face à la diversité des réponses, allant de la prudence et de l'inquiétude à l'enthousiasme et à l'acceptation, nous étions curieux de découvrir ce que les esprits créatifs de Milan pouvaient nous dire sur la place future de l'IA.

Larissa Sarjeant, Managing Director de Haworth Allemagne, s'est entretenue avec Peter Schäfer, Design Director et Senior Associate chez Gensler, à propos des outils d'IA. Nous avons interrogé Jane Boddy, experte en tendances couleurs chez Pantone, sur l'influence de ces outils en matière de couleur. Brian Kelly, Responsable A&D EMEA chez Haworth, nous a parlé de l'impact de l'IA pour les créateurs. Et la célèbre designer berlinoise Hanne Willman nous a fait part de ses réflexions quant aux avantages et aux limites de l'IA.

Pour notre dernière « interview », nous avons demandé à l'IA elle-même ce que lui réservait l'avenir. Claude n'a pas hésité à se prêter au jeu.

C'est dans le superbe showroom de Cassina que Larissa Sarjeant, de Haworth, et Peter Schäfer, directeur du design et associé principal chez Gensler à Munich, ont discuté de l'IA.

« Nous l'utilisons principalement au début du processus de conception », explique Peter. « Souvent, nous avons des projets dans de nouvelles villes, de nouveaux lieux, que nous ne connaissons pas bien. Et [l'IA] est vraiment utile pour comprendre l'endroit, pour en savoir un peu plus sur l'histoire, sur le bâtiment, sur la rue... Nous n'aurions peut-être pas su que cette rue a une histoire forte liée aux tisserands, et soudain, cet élément vous donne envie de l'intégrer au bâtiment, à ce que vous développez.

Nous sommes curieux de savoir quel impact l'IA aura sur l'artisanat. Larissa observe que, d'un point de vue produit, certains métiers ne seront probablement pas révolutionnés par l'IA. « Quand je pense aux artisans qui cisèlent la pierre ou sculptent le bois à la main, je me dis que l'IA ne pourra pas améliorer ces techniques », dit-elle.

Est-il possible que l'utilisation croissante des outils d'IA entraîne une plus grande appréciation du fait main ? « Absolument, je pense que cela va se produire », estime Peter. « Nous observons déjà que les gens se tournent de plus en plus vers les produits naturels, les éléments artisanaux. »

Larissa et Peter ont abordé beaucoup d'autres questions : est-ce que l'IA réduira la présence humaine dans le design ? Pourra t-elle démocratiser le design ? IA et développement durable sont-ils compatibles ? Sans oublier la nécessité d'exhorter les géants de la technologie à garantir la transparence des données. Tous ces sujets seront abordés dans notre prochain Rapport de tendances.

 

Désormais à la tête du département A&D de Haworth pour l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique, Brian Kelly est souvent interrogé sur le rôle de l'IA dans le design. « Je suis convaincu du potentiel de l'IA », affirme-t-il. « Elle va accélérer les processus. Les designers ont à leur disposition des outils qui leur permettent de travailler plus vite. »

Pour autant, Brian estime que l'IA ne remplacera jamais certains facteurs humains. « À mon avis, le rôle du designer reste irremplaçable quand il s'agit de susciter l'émotion qui se dégage d'un espace ou d'un produit, explique-t-il. Les designers seront toujours essentiels. »

 

Le premier jour, lorsque nous avons parlé de Dualities avec Jane Boddy du Pantone Color Institute, nous lui avons également demandé comment l'IA pouvait influencer la couleur. « [L'IA] est un excellent partenaire créatif de l'imagination humaine », a déclaré Jane. « C'est vraiment très amusant. J'aime particulièrement le niveau de couleur qui est obtenu. L'IA permet de créer beaucoup de couleurs vivantes, dynamiques et éclatantes.

« Un jour, je conversais avec l'un de mes modèles IA à propos de couleurs fluo et acidulées, et j'ai obtenu de superbes résultats », explique Jane. « Nous nous tournons vers l'IA pour trouver l'inspiration en matière de couleurs. Bon nombre d'effets de pureté que nous observons dans l'IA se retrouvent dans les produits finis... Je peux vraiment visualiser certaines de mes idées grâce à l'IA. »

Quand nous avons rencontré Hanne Willman, une jeune et talentueuse designer berlinoise, le concept d'IA en tant qu'assistant de visualisation est revenu.

« [L'IA] est un très bon outil pour vérifier si les choses ont du sens. Par exemple, je peux demander à l'IA de tester jusqu'à 10 cadres ou 10 diamètres différents » explique Hanne. « C'est vraiment génial pour créer du contenu visuel et des rendus de qualité. »

Mais si cette fonction itérative est très utile, l'IA ne peut pas tout faire en matière de design. « L'IA reprend des éléments existants, les associe de manière inédite et vous les restitue », explique Hanne. « Elle ne fait donc que répéter ce qui existe déjà, comme si elle rebattait les mêmes cartes.

« L'IA ne remplacera manifestement jamais le travail de conception à proprement parler, car ce dernier se situe à un niveau plus profond : trouver quelque chose de nouveau qui n'existait pas encore. »

(Demain, retrouvez Hanne dans notre article sur la Nostalgie !)

Nous nous sommes demandé qui était mieux placé que l'IA elle-même pour nous éclairer sur le rôle qu'elle jouera dans l'avenir du design d'intérieur. Nous avons donc contacté Claude, qui nous a répondu.

« L'IA contribuera à transformer le design d'intérieur et l'architecture en tant que partenaire créatif, et non en tant que substitut », a déclaré Claude. « Ses applications majeures sont la conception générative pour créer rapidement des plans, les outils de visualisation en réalité augmentée/virtuelle, les systèmes intelligents d'aide au choix des matériaux et les simulations des performances.

« C'est dans la gestion des tâches routinières par l'IA que le potentiel est le plus grand, tandis que les designers se concentrent sur les éléments émotionnels et contextuels. Le défi sera de maintenir la touche humaine dans les espaces assistés par l'IA. »

« Pour réussir, les designers devront développer une relation symbiotique avec l'IA, en repoussant ses possibilités tout en conservant leur jugement humain sur les décisions finales, de manière à créer des espaces alliant innovation technologique et sensibilité humaine. »


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Au terme de notre exploration du rôle de l'IA dans le design avec les esprits créatifs de Milan, un consensus s'est dégagé : Peter, Larissa, Brian, Jane, Hanne et même Claude, l'outil d'IA, ont convenu que l'IA est un partenaire pour les designers et qu'elle présente de nombreux avantages, tout en ayant ses limites. L'expérience du design restera toujours en partie l'apanage de l'esprit et des mains de l'homme. En revanche, les outils d'IA seront utiles pour gagner du temps et affiner les idées, notamment lors des phases de conceptualisation et de mise en récit. La promesse est là.

Parallèlement, Peter et Larissa ont souligné que des inquiétudes légitimes subsistent quant à la transparence et à la gestion durable des données, et que les créateurs à travers le monde devront être prêts à demander des comptes aux géants de la technologie. Il y a du pain sur la planche.

Ainsi s'achève notre exploration de l'IA, un autre concept chargé de contrastes.

Notre séjour à Milan touche déjà à sa fin. Il nous reste une dernière journée pour vous présenter les tendances ! Rendez-vous demain pour notre article sur la Nostalgie.